La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, traverse une nouvelle zone de turbulence. Le gouvernement a décidé de réduire fortement le prix bord champ payé aux producteurs, suscitant inquiétudes et interrogations dans une filière stratégique pour l’économie nationale.
Le 4 mars, les autorités ivoiriennes ont annoncé une baisse importante du prix d’achat du cacao pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Désormais fixé à 1 200 F CFA (environ 1,83 euro) le kilogramme, contre 2 800 F CFA depuis octobre, ce tarif représente une diminution d’environ 60 % pour les producteurs.
Cette décision, particulièrement marquante pour le premier pays producteur de cacao au monde, intervient dans un contexte de fortes turbulences sur le marché international du cacao, dont dépend largement l’économie ivoirienne.
Un système de stabilisation sous pression
Pour justifier cette mesure, le gouvernement évoque principalement la baisse des cours mondiaux et la nécessité d’ajuster le mécanisme national de stabilisation des prix.
Selon les autorités, ce système, qui vise à protéger les producteurs contre les fluctuations trop brutales du marché international, a jusqu’ici démontré sa résilience. Toutefois, la chute prolongée des prix du cacao à l’international rendrait désormais son maintien à ce niveau difficilement soutenable.
Des facteurs économiques multiples
Au-delà de la baisse des cours mondiaux, plusieurs éléments ont contribué à cette décision. Des stocks importants de fèves invendues se sont accumulés ces derniers mois, tandis que certains exportateurs hésitent à acheter à des prix jugés trop élevés par rapport au marché international.
Ce déséquilibre a progressivement fragilisé le fonctionnement du système. En Côte d’Ivoire, le prix bord champ est fixé chaque année par les autorités au début de la campagne cacaoyère. Il est généralement déterminé à partir des ventes et des tendances de la campagne précédente.
Cependant, lorsque les cours mondiaux évoluent rapidement, ce mécanisme peut créer un décalage entre le prix fixé localement et la réalité du marché international.
Un équilibre difficile à maintenir
Dans le contexte actuel, marqué par la volatilité des marchés et l’accumulation des stocks, les autorités ont estimé qu’un ajustement devenait nécessaire afin d’éviter un blocage de la filière et de limiter la pression sur les finances publiques.
Cette baisse du prix payé aux producteurs illustre ainsi la difficulté pour les pouvoirs publics de maintenir l’équilibre entre protection des planteurs, compétitivité des exportateurs et stabilité du marché dans un secteur qui demeure l’un des piliers de l’économie ivoirienne.


















